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Regards de coach

L'excellence en mouvement

Regard sur l'élection présidentielle 2017

Par Gilles SERPRY le
Gilles SERPRY
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Mai 01 dans Developpement Personnel 0 commentaires

Je ne résiste pas à écrire à propos de la présente élection présidentielle car ce qui s’y passe résonne avec le travail de coach que je fais et les recherches sur les systèmes complexes dont on parle peu en France et qui me servent de base dans mes accompagnements. Il ne s’agit pas ici de donner un conseil ou mon opinion, mais juste un regard en lien avec ce que je vois dans les entreprises, au sein des équipes et avec les personnes que j’accompagne. Les enjeux me semblent trop importants pour ne pas vous donner ce regard. C’est une question de valeurs.

Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui est en profond changement. Il n’a plus guère à voir avec le monde d’il y a 20 ou 30 ans et le monde qui émergera dans les 20 prochaines années sera encore plus différent du monde d’aujourd’hui. Ces changements provoquent des ruptures importantes et les modèles de pensée d’il y a 20 ans (Voire du 19ème siècle) qui dominent notre monde politique sont loin de proposer des solutions viables.

Ce décalage se traduit dans le fait que les vraies questions du monde actuelles sont quasiment absentes du débat politique occulté par une navrante bataille digne de la maternelle, à qui trouvera le moyen de discréditer l’autre, de le moquer, de lui trouver des fautes passées qui le disqualifieraient etc. C’est indigne des enjeux qui nous font face.

Ce qui est devant nous est une formidable accélération du changement apportée par les technologies et une complexification du monde due à de nombreux facteurs – écologie, climat, globalisation, multiculturalité, entre autres.

Ces enjeux sont déjà présents dans nos sociétés dans le monde entier, ne sont que peu ou pas pris en compte par des élites politiques qui n’en comprennent pas les ressorts et sont enfermées dans des raisonnements et méthodes d’action issues du passé et d’expériences qui les enferment. Certes, il y a Davos, le World Forum et d’autres forums où ces sujets sont abondamment discutés mais lorsqu’arrive le temps politique de transformer, les vieilles recettes prennent le dessus et conduisent à toujours plus des mêmes résultats que personne ne veut.

La vitesse de changement et le niveau de complexité de notre monde ont des conséquences potentiellement fatales pour l’humanité. Cela doit nous amener à réfléchir sur la façon de transformer radicalement l’approche actuelle pour construire de nouvelles solutions. Et ces solutions passent par remettre l’économie, la finance, et l’entreprise, au service des humains, et remettre les humains au service de leur écosystème. Dans les entreprises aujourd’hui, les réflexions conduisent à repenser les modèles de gouvernance et d’interaction humaine et à repenser l’entreprise comme un réseau, une entité apprenante en réinvention permanente et à mettre l’innovation au cœur de l’entreprise.

Les nouveaux possibles créés par les nanotechnologies, la biologie, les technologies de l’information et les avancées de l’Intelligence artificielle (IA) font déjà émerger de nouveaux paradigmes comme l’économie du partage, l’uberisation et autres modèles émergeants qui transforment notre société.

Face à ces enjeux de société, la gouvernance politique ne s’est pas transformée. Le politique n’accompagne pas le rythme rapide de destruction créative que génèrent les nouveaux modèles. Cette indigence des politiques confrontées à un monde qui avance et aux combats d’arrière-garde de ceux qui croient pouvoir endiguer le mouvement crée des ruptures notables qui doivent être adressés avec de nouveaux outils.

Les principales ruptures sont les suivantes (Note 3):

  • Ecologique : nous consommons des ressources correspondant à la capacité de régénération de 1,5 fois notre terre. Notre conception d’une croissance infinie sur une terre finie nous mène sur une trajectoire insoutenable et potentiellement destructrice,

  • Richesse : les 1% les plus riches de la planète possèdent plus que les 90% plus pauvres. La tension créée par cette inégalité atteint des niveaux dangereux. Elle est la conséquence du système économicopolitique mondial,

  • Financière : le commerce international mondial ne représente que 1,4% du total des transactions financières mondiales. Ce découplage entre la finance spéculative et l’économie réelle est critique avec une instabilité croissante du système financier et des impacts incontrôlables sur le monde économique réel,

  • Technologique : nous répondons à des enjeux sociétaux en appliquant aux symptômes de surface des solutions technologiques de plus en plus complexes, au lieu de regarder les cause racines de ces symptômes, ce qui crée une complexité qui accroît les problèmes,

  • Leadership : les leaders sont de plus en plus déconnectés des personnes affectées par leurs décision qui continuent d’accroître les ruptures et nous induisent à créer des résultats de plus en plus indésirables que personne ne veut. Cela montre les limites du leadership hiérarchique traditionnel dans un monde plus complexe aux changements rapides.

  • Consommation : nous consommons d’une manière qui est façonnée par la publicité, par la création de besoins artificiels qui contribuent à la croissance sans fin qui nous met en danger sans réellement apporter plus de santé et de bien-être, mais en créant un impératif de consommation de biens non durables, non réparables, superflus et à l’obsolescence programmée.

  • Gouvernance : en tant que communauté globale, nous nous montrons incapables de solutionner les problèmes de notre temps les plus criants car nos moyens de coordination sont découplés de la crise des biens communs. Nous rencontrons de plus en plus les limites de la compétition. Nous devons inventer de nouveaux moyens de coopérer est de coconstruire les approches innovantes de réinvention de notre système.

  • Propriété : Nous faisons face à une surexploitation massive de ressources rares. Cela nous montre un découplage entre les formes actuelles de propriété et un usage adéquat de nos ressources rares telles que nos bien écologiques communs. Cela appelle l’invention d’un nouveau type de propriété sur les ressources communes rares.

Ces problèmes partagent des caractéristiques communes et parmi elles, des structures qui telles qu’elles sont conçues ne peuvent apprendre, ne sont pas conscientes des externalités qu’elles provoquent, facilitent le fait que les ressources financières circulent dans le mauvais sens, et permettent à des groupes d’intérêts particuliers de biaiser le système à leur seul avantage au mépris du tout.

La simple application des recettes du passé n’est pas à même d’apporter les solutions nouvelles qui doivent être mises en place. Comme dans les entreprises un changement majeur dans l’approche de la gouvernance politique est nécessaire.

Aujourd’hui, un président, un ministre ne peuvent plus être le sachant qui vient avec des solutions toutes faites sorties de leur chapeau – théories basées sur des élucubrations intellectuelles d’économistes qui ont toutes failli, théories politiques qui ont toutes également manqué à leurs promesses ou autres hommes providentiels aux idées populistes mais qui ne réalisent jamais leurs promesses de résultats. (Notes 1 et 2)

Le niveau de complexité et les enjeux auxquels nous faisons face nécessitent de nouvelles approches. La seule façon d’aborder les défis auxquels nous faisons face est de travailler avec la réalité de ce qui est présent et de ce que vivent les gens de la société. Pour travailler sur la réalité, comme on le fait dans les approches de design-thinking, il faut faire du design sociétal par l’expérimentation rapide sur le terrain, l’apprentissage par prototypage itératif et la réplication de ce qui marche.

Le rôle des gouvernants devient celui d’organiser les expérimentations, les réseaux d’échange et de travail sociétal et les régulations qui permettent de donner un cadre et des limites légales. Cela veut dire devenir les facilitateurs d’une transformation sociétale adaptative constante qui répond en temps réel aux défis présents. Cela exige une transformation totale de la posture des personnels politiques d’une posture de porteurs d’une idéologie (Droite – Gauche) à une posture libre, ouverte et présente aux enjeux du réel.

Répondre au réel ne peut se faire qu’avec un guide : la raison d’être de la société dans laquelle nous vivons. Est-elle une société au service des personnes qui la constituent, de l’inclusion, de la solidarité ? Faire émerger un consensus social et les conséquences de ce consensus sur les valeurs qui le sous-tendent est essentiel pour redonner du sens au projet sociétal. Et redonner du sens au projet sociétal est essentiel pour que les personnes retrouvent de l’espoir pour elles-mêmes et leurs enfants.

Nous vivons dans un système politico-économico-médiatico-financier qui comme tous les systèmes répond à une logique. Cette logique crée la dynamique que nous voyons aujourdh’hui, qui n’est plus tenable. Ce système mondial dont les fondamentaux sont basés sur une notion de croissance infinie et un système de consommation créé pour alimenter cette dynamique est difficile à bousculer. Ce qui est certain c’est que les ruptures qu’il a produites ne font que s’accroitre et créer de la violence et des risques grandissants à l’humanité toute entière.

Il est frappant que tous les candidats se réclament d’une rupture avec le système, mais ce mot n’a pas la même signification pour tous et peut être source de malentendu et de confusion ( Note 4).

  • Pour L’extrême gauche, le système est le système capitaliste (Référence 19ème siècle)

  • Pour l’extrême droite, Marine Le Pen, c’est l’Europe, le monde extérieur, l’étranger et les membres de l’establishment politique qui les ont ostracisés (La France contre le monde entier)

  • Pour Fillon, c’est le système politique laxiste gauchisant dans lequel les politiques de gauche comme de droite se sont laissés entraîner dans les dernières décennies (Plus de ce qui nous a conduit là où nous sommes – la résistance de l’establishment)

  • Pour Hamon comme pour Mélenchon (Deux personnalités différentes pour un discours dont les bases restent ancrées dans une approche issue de la vision gauche-droite issue des modèles politique du 20ème siècle – la contrepartie à gauche de François Fillon), changer le système revient à changer la constitution ou de parti de gouvernement pas le logiciel de base,

  • Pour les autres candidats -les petits candidats par leur audience - le système prend diverses significations qui sont un mélange de certains aspects des précédents.

Aucun ne réalise que la notion même de droite-gauche est une lecture politique issue du 19ème siècle, que les solutions qu’ils portent sont des réponses toutes faites et éculées, qui ne répondent en rien aux enjeux de notre société complexe en transformation rapide.

Emmanuel Macron avec En Marche a commencé à mieux poser les questions, et j’engage ceux qui ne l’ont pas fait à lire son livre « Révolution » et à ceux qui l’ont lu avec les lunettes du passé à le relire en changeant de lunettes (Note 1) :

  • Son absence apparente de programme au début de sa campagne a beaucoup gêné les observateurs médiatiques et politique englués dans leurs paradigmes de pensée du passé,

  • Maintenant, son programme issu d’une large consultation à travers En Marche est qualifié de flou par les mêmes qui ne comprennent pas mieux le changement de paradigme qu’il représente potentiellement,

  • Son positionnement hors de l’espace droite-gauche est qualifié de centriste avec tous les quolibets associés à ce positionnement, or il est tout sauf centriste, catégorie issue du même paradigme de pensée qui obscure le jugement de ses critiques.

Il est probable qu’Emmanuel macron est celui de nos politiques qui a le mieux compris les vrais enjeux du monde actuel et s’est doté avec En Marche – et c’est le seul - d’une base de soutien nécessaire pour accompagner son action après l’élection présidentielle, à condition de faire évoluer cette organisation pour qu’elle devienne une vraie base d’expérimentation sociétale plurielle.

Ses adversaires essayent par tous les moyens de le décrédibiliser car ils sentent bien qu’il représente quelque chose de nouveau en politique, quelque chose de dangereux pour leurs positions de pouvoir établies :

  • Le nommer Emmanuel Hollande ou François Macron est le plus risible – c’est une tentative de l’associer à l’échec de François Hollande avec une ficelle tellement grosse qu’elle en est ridicule et Emmanuel Macron montre à qui sait voir que ce n’est nullement plausible.

  • Le flou est aussi un reproche mais il ne résiste pas à l’analyse. Il y a un programme qui est issu des consultations réalisées avec En Marche et il serait déraisonnable de faire trop de promesses non tenables comme le font les autres candidats dans la bonne tradition. Il est plus responsable de donner des directions et laisser à la négociation et à la confrontation avec la réalité la possibilité d’aboutir à des réformes réelles et socialement acceptables.

  • Sa formation et son expérience (ENA et banquier) lui sont aussi opposés comme si cela constituait des tares. Ce sont des jugements idiots qui ont juste pour objet de toucher les clientèles électorales de tel ou tel. On peut émettre le même type de jugement disqualifiant idiot pour chacun des candidats qui lui font ces reproches.

  • Certains ont bien essayé le dénicher des zones de compromission pour le faire tomber comme François Fillon, mais rien n’a pu être trouvé apparemment – ce n’est sans doute pas faute d’avoir essayé quand on voit les meurs médiatico-politiques actuels.

Le monde médiatique essaie de le ramener quant à lui à leurs lunettes droite-gauche qui sont le seul modèle de représentation du monde à l’aune duquel ils savent le regarder. Ne pas être à droite à gauche ou au centre met les journalistes en stress. Il faut qu’il soit dans l’une des 3 cases ! Et bien non, les lunettes sont à changer le monde a changé. Réveillez-vous les médias ! Soyez ouverts !

Le risque, dont Emmanuel Macron est bien conscient, est qu’il se fasse rattraper par les ralliements et enfermer par les tenants de la classe politique Gauche-Droite qui le rejoignent et qui videraient son mouvement de sa substance et de sa capacité à refonder la démocratie française pour lui permettre d’affronter debout le monde qui émerge. Je pense que le mouvement En Marche peut être un bon garde fous si Emmanuel Macron sait rester présent à ce que le mouvement lui montre de la réalité et s’il sait faire d’En Marche un vrai mouvement d’expérimentation sociétale ouvert vers les associations qui aujourd’hui sont également en train de faire, sur le terrain, des expérimentations porteuses de vraies solutions, d’humanité et d’inclusion.

Je ne crois pas qu’un autre candidat ait une vision et porte aujourd’hui un projet qui soient aussi porteur d’espoirs et de potentiel de transformation positive pour notre pays. Mais bien entendu la réalité sera dure pour faire changer les choses et face à cette réalité, seule l’épreuve du feu nous dira si ce que j’entrevois au milieu du galimatias ambient est bien présent.

 

Gilles Serpry

 

  1. La société est trop complexe pour un président… vers l’article de Motherboard

  2. Le New England Complex Systems Institute (NECSI) … lien vers le site

  3. Les ruptures symptômes des problèmes structuraux de notre société, sur le site du Presencing Institute – site du U-Lab du MIT

  4. Les programmes

    1. Emmanuel Macron : https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme

    2. François Fillon : https://www.fillon2017.fr/wp-content/uploads/2017/03/PROJET_FRAN%C3%87OIS_FILLON_2017.pdf

    3. Jean-Luc Mélenchon : https://laec.fr/sommaire

    4. Marine Le Pen : https://www.marine2017.fr/programme/

    5. Benoît Hamon : https://www.benoithamon2017.fr/le-projet/

    6. Pour les autre 6 candidats qui se partagent les 20% de voix restantes, je vous laisse les trouver sur votre moteur de recherche préféré.

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